IMMUNOTHERAPIES

LA REVOLUTION DES IMMUNOTHERAPIES

 

Aline Richard Zivohlava, journaliste scientifique -  Le 1

C’est une belle histoire et une première médicale qui a tiré des larmes de joie à douze malades souffrant d’un cancer du rectum. En cette année 2021 à New York, l’oncologue Luis A. Diaz et ses collègues du Memorial Sloan Kettering Cancer Center lancent une étude clinique inédite. Pendant six mois, à raison d’une injection toutes les trois semaines, un petit groupe de patients reçoit un médicament ciblant leur système immunitaire, le dostarlimab. Pas de chirurgie, pas de chimio, cette seule molécule pour traitement. Et des résultats époustouflants : pour les douze malades, la rémission s’est avérée totale ! Plus aucune trace de tumeur sur les images IRM, à l’endoscopie, à la biopsie, à l’examen clinique. Et pas d’effets secondaires significatifs. Du jamais-vu, même si l’étude a été menée sur un très petit nombre de patients, et que ce travail devra être reproduit par d’autres chercheurs pour valide une efficacité plus large.

Le dostarlimab est ce que les spécialistes appellent un anticorps monoclonal, une arme thérapeutique novatrice qui vise, non les cellules cancéreuses, mais le système immunitaire. Comment cela fonctionne-t-il ? En cas de cancer, les cellules malignes prolifèrent sans forcément être repérées par les globules blancs et les anticorps, ces gardiens de l’immunité. Elles sont tolérées par le système, puisque, constitutives du corps humain, elles ne sont pas considérées comme des agresseurs extérieurs. Il faut donc arriver à désactiver ce mécanisme. Pour cela, le dostrrlimab se fixe sur une protéine, la PD-1 : cela bloque le dialogue entre cellules immunitaires et cancéreuses ; les globules blancs vont pouvoir attaquer la tumeur. Le dostarlimab pour le rectum, l’ipilimumab pour le mélanome, le trastuzumab pour le sein, le rituximab pour certains cancers du sang…Ces anticorps monoclonaux dirigés contre des protéines portées les cellules cancéreuses sont des fleurons de l’immunothérapie, une stratégie qui a bouleversés ces dernières années le traitement des tumeurs. « L’arrivée de ces molécules a été une révolution en cancérologie, explique Karine Tarte du CHU de Rennes. Par exemple, pour le traitement des lymphomes, des cancers du système lymphatiques dont la fréquence augmente en France.

Ce n’est pas tout. De nouvelles armes sont actuellement forgées en laboratoire pour que de plus en plus de patients puissent être soignés par immunothérapie. Car, malheureusement, les anticorps ne fonctionnent pas pour tout le monde. Par exemple, certaines tumeurs sont protégées par une sorte de coque qui les rend plus difficilement accessibles. Contre les différents obstacles, des médicaments sont actuellement testés en clinique.

Autre stratégie : cibler précisément l’ennemi. C’est la grande idée des cellules dites CAR-T. Il s’agit de traiter chaque malade avec ses propres cellules immunitaires modifiées génétiquement pour attaquer son cancer.

Et le vaccin anticancer ?

Les spécialistes en rêvent depuis des années…Non pas préventif mais curatif. Après de premiers essais sur le cancer de la prostate, peu convaincants, la piste vaccinale est aujourd’hui spectaculairement relancée par …la pandémie de Covid et ses vaccins ARN-messager.

Parmi les recherches qui ont de l’avenir, la biopsie liquide (prise de sang), s’avère d’une aide précieuse.

Ces grands progrès en cancérologie n’auraient sans doute pas pu advenir sans une autre révolution en marche : celle de la bio-informatique, du séquençage haut débit de l’ADN, de l’intelligence artificielle, des bases de données…

Soigner le cancer reste un défi mais la recherche est en train de prouver qu’il est gagnable.

 

 

 


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